Sortie vallée d'Aspe

Par Le 06/02/2015 0

Dans Randonnée montagne

 

Sortie vallée d'Aspe du 13 novembre 2012 - Boucle :  vallon d'Anaye - sources du Marmitou - cabane de Lacure - retour plateau de Sanchez.

Texte de Dominique Morincome

 Prévue à trois, cette randonnée fut modifiée par un appel du matin m'informant d'une défection de dernière minute causée par une articulation traumatisée de la veille.

Souhaitant bon rétablissement à notre ex-camarade de randonnée, nous partîmes donc en binôme : David et votre serviteur. Peu de participants : le thème "cartographie-orientation" y était peut être pour quelque chose : les représentations de chacun à propos de la carte et de la boussole ont-elles effrayées ?

H.08.00. Qu'importe : motivés par cette  promesse d'une belle journée d'un automne finissant, à sonnantes au clocher du quartier de Départ  (De part l'aïgue, en gascon c'est à dire de l'autre côté de la ville d'Orthez). David avait attentivement écouté la météo : beau temps avec du vent, nous allions être servis ...

H 09.20 : plateau de Sanchèze : dès l'ouverture des portières le vent nous salua : brrr !

Nous orientons la carte, pour prendre connaissance de quelques éléments de base : repérer les cours d’eau, les forêts ... Ouverte sur le capot elle s'échappe déjà de nos mains : la brise friponne se joue déjà de nous. Je range prestement l'attirail !

Habillés rapidement, (David est déjà prêt, debout à mes côtés) sacs au dos, nez au vent (!) et hop direction le rampaillot qui nous mène vers le vallon d'Anaye.

Nous nous arrêtons pour adapter la tenue et surtout pour contempler le paysage, un des objectifs de cette sortie.  L'automne est bien là : teintes pourpres et fauves. Nous sortons quelques secondes nos appareils à capter la lumière qui nous donnent l'impression d'arrêter le temps. David reconnaît, en randonneur habitué, le bout du museau de l'Ossau. Clic-clac, nous repartons.

Les feuilles crissent légèrement sous nos pieds et nous masquent les cailloux instables du chemin montant. Nous glissons et trébuchons régulièrement : nous pestons intérieurement : la poésie de l'automne et de ses feuilles mortes en prend un coup !

Un petit instant de pause : avez-vous remarqué, en grimpant ce sentier, sur un rocher à main droite une inscription ? Surlignée en rouge (au minium) , une date : "1682" ainsi qu’une croix. « En l’an de grâce du Seigneur … ». Cette date indique certainement la date de l’établissement du tracé de ce sentier (ou de sa consolidation). En ces temps qualifiés «d’histoire moderne », le grand Louis tenait fermement les rênes du pouvoir et s’installait à Versailles, Le Mississipi et la Louisianne étaient nôtres grâce à Cavellier de La Salle. Les Aspois transactionnaient avec les Espagnols via le col d’Anaye ou de l’Insole. Les motivations de ce sentier n'étaient pas seulement pastorales ...

 Dame nature nous étonnera toujours : l’hiver n’est pas une période de fin. Tout est prêt à revivre tels ces bourgeons naissants sur une branche au bord du chemin.

Nous cheminons régulièrement (400 mètres heures en montée, 500 mètres en descente, 5 kilomètres sur le plat ...tel est le menu à connaître par cœur du randonneur que l'on qualifie de "moyen").

H 09.50 : nous découvrons le vallon : flouf ! Une rafale nous salue et nous cueille, comme des fétus de paille. Nous baissons la tête et poursuivons, stoïques comme Sénèque pensant à son bourreau.

            Question à vous tous, lecteurs d'un soir : y a t-il quelque chose qui vous surprend, marcheurs attentifs à l'entrée de cette vallée, vous qui allez, déterminés et néanmoins attentifs  ????

Cherchez bien et écoutez ... Curieux, non ? Un bruit de torrent devant nous et un lit à sec ... Pourtant plus bas, une forte cascade se fait entendre ...

Il s'agit en fait d'une captation en aval dans ce réseau karstique et d'une résurgence plus bas.

Est-elle mentionnée sur la carte ? ...

Nous marchons vers les cabanes d'Anaye et y faisant une courte halte pour faire rapidement le plein d'eau et  visiter l'une d'entre elles (peut-être futur abri nocturne pour projets hivernaux d'ascensions matinales, qui sait ?). En avant, tout droit : les sources du Marmitou nous attendent.

Quel vent ! Les herbes sèches secouées par le souffle hardi d'Eole nous font penser à une expédition dans la toundra. Nous invoquons Saint Winstoppeur (francisé pour l'occasion, l'Auréolé) pour qu'il nous protége …

Après avoir franchis quelques moraines, nous y voilà dans ce magnifique fond de vallée parsemé de pins à crochets, décoré ça et là de blocs erratiques et aujourd’hui encore enneigé des premiers flocons tombés il y a quelques jours.

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Les conifères sont véritablement accrochés dans cette zone de combat où la nature y propose les joutes de ses meilleurs éléments.

H : 12.00. Un abri choisi de longue date pour ses qualités protectrices nous accueille pour nous restaurer et nous permettre d'assister à un duel fantastique. Les quatre éléments sont ici réunis pour notre plaisir frissonnant : l'eau ruisselle dans le fond du vallon et creuse la terre, transformée en neige fraîche et en molécules glacées.  Elle s’immisce et diaclase le roc, peu à peu, inexorablement à l'aide de l'air froid. Le soleil est de la partie pour abréger le cycle et réchauffer les belles parois calcaires aux couleurs et aux formes qui nous donnent envie, pauvres humains que nous sommes, de nous y hisser le long de fissures et de surplombs.

Cet air qui, venant d’Espagne, lutte avec ses homologues Français, au dessus des sommets au Sud-Sud-Ouest : combats de titans, dans des volutes énormes, rouleaux éphémères se mélangeant dans de terribles chocs de cavalerie céleste.

Les pins en tremblent, par à-coups. Nous aussi ! Ce spectacle exceptionnel nous est offert pendant plusieurs minutes. Nous avons touché notre salaire : là haut, dans notre quête d’absolu.

Il faut, hélas ! redescendre en baguenaudant dans cet espace sauvage et magique. Nous remarquons une construction ressemblant à un pluviomètre ayant résisté aux assauts des éléments. Puis nous croisons plus bas, fringants pour les uns, ahanants pour d’autres, une série de randonneurs en quête eux aussi de leur part d’absolu attirés vers ce centre d’un jour, espace du Sabbat de la nature.

H.13.30. Retour au niveau des cabanes d’Anaye : arrêt-buffet, eau et vent à volonté. L’horaire et le temps étant favorables, nous décidons de rester conformes à nos objectifs : rejoindre le plateau de Sanchèze en contournant le versant est du rocher de Lagne vers la cabane de Lacure.

Un coup d’œil appliqué mais rapide sur la carte permet de repérer l’azimut du sentier, de le reporter sur la carte (ou l’inverse), de se situer à la courbe de niveau de départ et hop ! Nous voilà sur un sentier parcourant une série de montagnettes Russes. Traversée magnifique par temps clair, où nous pouvons observer l’avers des parois visibles des pics surplombants le plateau Sanchez. Ce sentier reste peu recommandé par temps de brouillard et certainement pas sous une bonne couche de neige : la pente est très raide et se termine par des barres rocheuses.

Lacure nous apparaît ainsi qu’ une construction venue d’ailleurs : une yourte blanche a été construite un peu en arrière du cayolar, à partir de plan mongols, de sueurs et de matériaux locaux. L’habitant des lieux, bonnet inca sur le chef m’explique que la descente mène bien au pont de la Mouline et qu’il faut prendre à gauche en me faisant signe d’aller à droite et que, bien sûr le sens orographique c’est en montant. Je suppute que l’Homme au demeurant accueillant a peut être usé de sirop de bois tordu (il fait froid, Dame, faut bien se réchauffer !)

Allez ! un coup d’œil à David qui satisfaisant un besoin naturel, n’a pas entendu notre étrange échange, et nous descendons sans attendre à la verticale jusqu’au pont du moulin. Nous retrouvons les feuilles mortes qui bruissent sous nos zapatas dans cette belle forêt de hêtres si bien reproduite en formes et en émotions par François Carrafancq.

Dernier problème : comment rejoindre la plateau au travers d’une forêt épaisse sans sentier marqué, quelques centaines de mètres de dénivelé plus bas ?

Bon sang mais c’est bien sûr : en suivant le cours du torrent.

Sauf que cette question ne se résoudra pas en cinq minutes, malgré l’amorce du sentier esquissé sur la carte IGN. Il nous faudra contourner des abrupts, descendre des pentes raides, contourner des cascades écumantes, nous dégager de ronces perfides, rechercher notre trajet sans s’éloigner de l’axe du torrent : en bref un excellent exercice d’orientation et de cheminement à l’observation.

David un peu effrayé me dira t-il plus tard, suit en silence ; je l’encourage de la voix et du geste.

Nous traversons le torrent en un lieu favorable et terminons cette course atypique par un ancien sentier qui rejoint la plaine au dessus de la maison familiale du Sarciat.

H. 16.20 : retour à notre carrosse. Lavage à grande eau de nos chaussures recouvertes de boue gluante. Change et retour vers la plaine.

A Orthez, après un rendez-vous manqué à la Plaçotte, quelques « merveilles » concoctées par H. sa maman nous attendent et me resucrent pour le reste de la route.

Une belle journée partagée avec quelques échanges et beaucoup de ressenti. Le silence est un bouclier pour David, cependant une grande attention et des mots justement placés ont permis d’enrichir cette journée.

Etions-nous, l’espace et le temps de quelques heures devenus « Intouchables » ?

M.D. - 14.11.2011

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